Le Casu Marzu, ce fromage corse aux vers : mythe ou réalité ?

Sur un marché de village en Corse, entre les figues, le brocciu et les charcuteries qui pendent à l’ombre, une question revient souvent à l’oreille des curieux : « Et le fameux fromage corse aux

Sophie Martineau

Rédigé par : Aurélien Hamel

Publié le : septembre 10, 2026


Sur un marché de village en Corse, entre les figues, le brocciu et les charcuteries qui pendent à l’ombre, une question revient souvent à l’oreille des curieux : « Et le fameux fromage corse aux vers, il existe vraiment ou c’est une histoire pour effrayer les touristes ? ». Derrière ce mélange de fascination et de recul se cache le Casu Marzu, parfois appelé casgiu merzu, ce fromage fermenté de brebis où des larves vivantes creusent des galeries dans la pâte. Un produit qui fait le grand écart entre terroir paysan, frisson gastronomique et débats sur la sécurité alimentaire. D’un côté, une tradition bien ancrée, héritée des bergers corses et sardes. De l’autre, une réglementation européenne qui le range dans la case des aliments à risque.

Ce contraste nourrit un véritable mythe autour du Casu Marzu. On le dit illégal, secret, réservé à quelques initiés, servi sous le manteau lors des fêtes de village. La réalité est plus nuancée. Oui, ce fromage aux vers existe, oui il se déguste encore, mais pas n’importe comment ni n’importe où. Il s’inscrit dans une tradition corse et sarde qui dépasse largement la simple curiosité culinaire, au point de devenir un symbole identitaire. Entre histoires de plateau de pecorino « oublié » au soleil, récits d’anciens bergers et discussions enflammées entre médecins et défenseurs du patrimoine, le Casu Marzu raconte une certaine façon de vivre le fromage, brute et sans filtre.

En bref

  • Casu Marzu et casgiu merzu désignent un fromage corse et sarde de brebis, volontairement infesté de larves de mouches appelées parfois « puces de fromage ».
  • Ce fromage fermenté est né des pratiques pastorales traditionnelles, autour de la Corse et de la Sardaigne, et reste lié à des moments festifs et familiaux.
  • La présence d’asticots vivants provoque une fermentation poussée qui donne un goût très puissant et une texture crémeuse, proche d’une pâte qui coule.
  • La sécurité alimentaire est au cœur de la controverse : l’Union européenne interdit sa vente officielle, même si la production se poursuit localement.
  • Entre mythe de produit « interdit » et réalité d’un patrimoine à préserver, le Casu Marzu divise, mais continue de fasciner les amateurs de gastronomie aventureuse.

Origines du Casu Marzu : un fromage corse aux vers entre légende et réalité

Pour comprendre pourquoi le Casu Marzu intrigue autant, il faut remonter du côté des bergeries de montagne, bien avant les selfies sur les plages de Palombaggia. Dans ces paysages où les brebis rythment la vie quotidienne, le lait ne se perd pas : il se transforme en pecorino, ce fromage de brebis à pâte dure, base de nombreuses spécialités insulaires. C’est dans ce contexte de vie pastorale que serait né ce fameux fromage aux vers, d’abord par accident, puis par volonté assumée.

La petite histoire la plus souvent racontée commence par une tomme de pecorino oubliée sur une étagère, ou laissée un peu trop longtemps au bord d’un enclos. Des mouches spécialisées dans les produits laitiers, parfois surnommées « puces de fromage », y auraient pondu leurs œufs. De retour, le berger aurait découvert un fromage ramolli, parcouru de larves blanches. Plutôt que de tout jeter, quelqu’un a goûté. Le résultat : une pâte presque tartinable, d’une puissance aromatique inattendue. L’expérience aurait été jugée assez intéressante pour être reproduite.

Au fil des décennies, ce qui ressemblait à un accident est devenu une pratique presque codifiée. On retrouve des traces de cette spécialité en Sardaigne sous le nom de casu martzu, et en Corse avec la forme casgiu merzu, qui signifie littéralement « fromage pourri ». Le terme peut faire sourire, mais il dit quelque chose d’important : dans un monde où l’on cherchait surtout à conserver le lait le plus longtemps possible, accepter un fromage « dépassé » était une forme d’audace… et une absence totale de gaspillage.

Ce lien entre Casu Marzu et vie rurale ressort dans les récits d’anciens bergers qui évoquent un produit dégusté surtout en fin de saison, parfois lors de repas plus intimes que cérémoniels. Pas de marketing ni de réseaux sociaux, juste un partage entre personnes qui savaient à quoi s’attendre. C’est souvent cette mémoire-là que défendent aujourd’hui ceux qui le considèrent comme un élément fort de la tradition corse et sarde.

Dans les années 1990 et 2000, alors que les normes européennes en matière de sécurité alimentaire se durcissent, ce vieux fromage artisanal devient soudain un symbole de résistance. La presse évoque un « fromage interdit », certains reportages télé s’attardent plus sur l’effet sensationnel des larves qui bougent que sur les récits des bergers. Résultat : l’image publique du Casu Marzu bascule, entre curiosité morbide et fierté régionale.

Soit dit en passant, cette bascule explique pourquoi tant de visiteurs arrivent aujourd’hui en Corse ou en Sardaigne avec cette question en tête : mythe ou réalité ? Le produit existe bel et bien, mais il ne se découvre pas en tête de gondole d’un supermarché. Il se cache derrière des portes de granges, des caves fraîches, ou quelques rares fromageries qui savent très bien à qui elles vendent. Cette discrétion participe à sa légende autant que la présence d’asticots.

Au fond, les origines du Casu Marzu montrent surtout une chose : ce fromage fermenté n’est pas un gadget créé pour choquer les touristes, mais un témoin d’un temps où l’on tirait le maximum du lait des brebis. La question est maintenant de savoir comment on le fabrique concrètement aujourd’hui, et jusqu’où la tradition peut cohabiter avec des règles sanitaires modernes.

A lire également :  Où déguster une bonne galette à Honfleur
découvrez le casu marzu, ce fromage corse unique réputé pour ses vers : explorez la vérité derrière ce mythe culinaire fascinant.

Fabrication du Casu Marzu : comment naît vraiment ce fromage fermenté aux asticots

Derrière le mythe de ce fromage corse aux vers, le processus de fabrication suit une logique assez précise. Loin d’être un simple morceau de fromage laissé à l’abandon, le Casu Marzu demande du doigté. Tout commence par un bon pecorino de brebis, élaboré à partir de lait cru pendant la saison où les animaux sont au pâturage. Sans base solide, inutile d’espérer un résultat intéressant, car les arômes finaux dépendent directement de la qualité du fromage de départ.

Une fois la tomme suffisamment affinée, le producteur choisit celles qui iront « plus loin ». Ces pièces sont placées dans un endroit accessible aux mouches spécialisées dans les produits laitiers, notamment la fameuse Piophila casei, que certains appellent par raccourci « puce de fromage ». L’objectif n’est pas de laisser tout et n’importe quoi se déposer, mais de créer les conditions pour que l’insecte recherché vienne pondre.

Au bout de quelques jours, les œufs se transforment en larves. C’est là que la magie opère, et que le Casu Marzu devient ce qu’il est : un fromage fermenté poussé à l’extrême. Les petites larves, longues de quelques millimètres, se nourrissent de la pâte en creusant des tunnels. Leurs sucs digestifs décomposent les graisses et les protéines, ce qui ramollit le cœur du fromage. On passe d’une pâte ferme que l’on coupe en tranches à une matière souple, parfois presque liquide au centre.

Certains artisans recouvrent partiellement les fromages d’un linge ou d’une planche, d’autres les placent dans des boîtes ajourées, voire les enterrent légèrement. Ces gestes servent à contrôler la vitesse de fermentation, l’humidité et l’accès des mouches et d’autres insectes. Le savoir-faire se joue à ce niveau : trop d’asticots, et le fromage se liquéfie jusqu’à devenir immangeable. Pas assez, et la transformation reste incomplète.

Pour un amateur curieux, ce qui peut surprendre, c’est le stade auquel le fromage est considéré comme « prêt ». La règle locale tient presque du bon sens empirique : quand la pâte au centre est devenue très crémeuse, que l’odeur est forte sans être écœurante, et que les larves sont encore actives, le Casu Marzu est au mieux de sa forme. S’il commence à sécher ou à dégager une odeur franchement désagréable, il a passé le point idéal.

Le tableau ci-dessous résume ces grandes étapes, utile si l’envie prend un jour de comparer ce rituel à l’affinage plus classique d’un autre fromage :

Étape Ce qui se passe Impact sur le fromage
Fabrication du pecorino Lait cru de brebis caillé puis affiné plusieurs semaines Pâte ferme, goût déjà marqué, base aromatique du Casu Marzu
Exposition aux mouches Fromage placé dans un environnement où la Piophila casei peut pondre Œufs déposés en surface et dans les microfissures
Développement des larves Éclosion, déplacement des larves dans la pâte Début de la décomposition interne, texture qui s’assouplit
Fermentation poussée Les larves digèrent la matière grasse et les protéines Pâte crémeuse, apparition du goût très puissant typique
Affinage final Contrôle de l’humidité, de l’air et de la durée Équilibre entre texture, arômes et sécurité de consommation

Allez, un point souvent passé sous silence : ce type de fabrication reste très artisanal, sans laboratoire ni instrumentation sophistiquée. Les producteurs s’appuient sur l’observation, l’expérience et parfois quelques conseils glanés auprès de vétérinaires ou de techniciens agricoles. Certains ont commencé, ces dernières années, à tester des environnements plus contrôlés, avec des filets et des locaux mieux ventilés, pour limiter les contaminations indésirables.

Le Casu Marzu, dans sa fabrication, oblige à regarder en face une réalité simple : tout fromage est le résultat d’un travail de micro-organismes, qu’il s’agisse de bactéries, de levures, de moisissures… ou ici de larves. Ce qui choque, ce n’est pas la fermentation en soi, mais le fait de voir bouger à l’œil nu ce qui, habituellement, reste invisible. Une fois qu’on a compris ce mécanisme, la question suivante arrive vite : qu’en est-il des risques pour la santé, et où se situe la frontière entre tradition et prudence ?

Casu Marzu et sécurité alimentaire : où placer le curseur ?

Sur le plan sanitaire, ce fromage aux vers se trouve clairement dans une zone grise. Les autorités européennes, focalisées sur la sécurité alimentaire, pointent plusieurs dangers potentiels : présence de larves vivantes dans le tube digestif, risques de bactéries pathogènes liées à l’utilisation de lait cru non pasteurisé, absence de contrôle systématique des conditions de production. Sur le papier, la liste fait réfléchir.

Les défenseurs du Casu Marzu répondent que les cas documentés d’infections restent rares au regard du nombre de personnes qui en consomment depuis des générations. Ils rappellent aussi que de nombreux fromages traditionnels au lait cru auraient probablement du mal à franchir le filtre de certaines normes si tout devait être calibré au millimètre. Entre les deux camps, des chercheurs tentent d’analyser de manière précise la charge microbienne de ces fromages et de définir des pratiques minimisant les risques, sans dénaturer la recette.

Soyons clairs : goûter le Casu Marzu n’a rien d’anodin pour un organisme fragile. Les médecins recommandent d’éviter ce type de produit quand on est enceinte, que l’on souffre d’un système immunitaire affaibli ou qu’on a déjà des antécédents digestifs. Les personnes en bonne santé qui souhaitent tenter l’expérience doivent au moins se renseigner sérieusement sur l’origine du morceau qu’on leur propose.

Cette tension entre respect des traditions et exigences sanitaires ouvre la porte à une autre question brûlante : comment ce fromage est-il perçu et encadré sur le plan légal, en Corse, en France et dans le reste de l’Europe ?

Casu Marzu, fromage interdit ou trésor culturel ? Le vrai statut légal

Les rumeurs vont vite : on lit parfois que le Casu Marzu serait « le fromage le plus dangereux du monde », voire officiellement « le plus illégal ». La réalité juridique est un peu moins spectaculaire, mais mérite d’être posée noir sur blanc. Sur le territoire de l’Union européenne, la réglementation interdit la commercialisation de produits contenant des parasites vivants et ne répondant pas à des standards d’hygiène assez stricts. Sur ce point, le Casu Marzu coche plusieurs cases qui dérangent les textes.

A lire également :  Bien manger halal à Toulon, près du port

Concrètement, cela signifie que vous ne trouverez pas légalement du Casu Marzu dans une grande surface française, ni dans une fromagerie qui respecte les normes classiques. Les contrôles vétérinaires peuvent aussi obliger un producteur à détruire des lots jugés non conformes s’ils sont destinés à la vente. D’où cette impression de clandestinité qui entoure souvent le fromage corse aux vers.

Du côté de la Corse et de la Sardaigne, les choses se jouent davantage au niveau local. Beaucoup d’habitants considèrent le Casu Marzu comme un patrimoine culinaire autant que le figatellu ou certaines préparations de charcuterie. Dans les villages, on sait très bien qui en produit et à qui s’adresser pour en obtenir un morceau lors d’une fête, d’un mariage ou d’une veillée. Cette tolérance officieuse cohabite avec les textes européens, créant une situation un peu schizophrène : le fromage existe, circule, mais ne devrait théoriquement pas être vendu.

Depuis quelques années, des producteurs sardes militent pour un encadrement spécifique, avec une forme d’appellation ou de label qui permettrait de sécuriser la production. L’idée serait de fixer un cahier des charges strict sur la qualité du lait, les conditions d’affinage, le type de mouche utilisé, les contrôles sanitaires. Bref, de sortir de la zone de non-dit juridique pour reconnaître officiellement ce fromage fermenté très particulier, sans le transformer en produit aseptisé.

Reste la France continentale, où l’on entend surtout parler du Casu Marzu à travers des reportages ou des conversations de comptoir. Officiellement, le cadre est le même que pour le reste de l’Europe : pas de vente ni d’importation légale de ce type de fromage aux vers. Dans la pratique, certains voyageurs ramènent parfois de petits morceaux achetés sur place. C’est un pari personnel, avec les implications sanitaires et douanières que cela suppose.

Pour un voyageur qui se rend en Corse, cette situation se traduit par un conseil simple : ne pas s’attendre à voir le Casu Marzu affiché sur les cartes de restaurant ou les étals des marchés comme une simple curiosité touristique. S’il se présente, ce sera souvent par le bouche-à-oreille, chez l’habitant, ou via un producteur de confiance qui assume de perpétuer cette tradition corse malgré les contraintes réglementaires.

Cette tension constante entre interdiction officielle et attachement local nourrit, au final, le mythe du Casu Marzu. Plus il est difficile d’y accéder, plus il entretient cette image de trésor caché réservé à ceux qui prennent le temps de comprendre la culture qui l’entoure. On peut y voir une forme de résistance à l’uniformisation des goûts, mais aussi un rappel que toute gastronomie, aussi inventive soit-elle, doit composer avec la question de la sécurité.

Prix, rareté et marchés discrets du fromage corse aux vers

Quand on parle d’un produit rare, produit en petite quantité et vendu presque toujours sous le radar, on se doute que le prix ne sera pas celui d’un simple morceau d’emmental. Le Casu Marzu se négocie souvent entre 50 et 100 euros le kilo, parfois davantage selon les années, la demande locale et la réputation du producteur. Cette fourchette reflète plusieurs choses : la difficulté à le produire, le risque pris par ceux qui le vendent, et l’aura qu’il s’est construite.

Les circuits d’achat restent limités. En Sardaigne comme en Corse, ce sont surtout :

  • des producteurs fermiers qui le réservent à une clientèle de confiance ;
  • quelques fromageries très spécialisées, souvent en contact direct avec les artisans ;
  • des réseaux informels entre habitants, familles et amis.

Sur internet, quelques plateformes prétendent en proposer à la vente, mais la prudence s’impose. Difficile de vérifier l’origine réelle, les conditions d’expédition, et surtout la conformité sanitaire des produits envoyés. Pour un amateur averti, la règle la plus raisonnable reste de découvrir ce fromage sur place, dans un cadre où l’on peut discuter avec la personne qui l’a produit, comprendre son approche, et décider en connaissance de cause.

Le prix, finalement, est moins celui d’un aliment de base que d’un symbole culinaire. On n’achète pas un kilo de Casu Marzu pour le grignoter chaque soir devant une série. On le partage quelques fois dans l’année, lors d’un moment où l’on accepte, volontairement, de sortir de sa zone de confort gustative. C’est ce statut d’exception qui continue de lui donner cette place à part dans la gastronomie corse et sarde.

Une fois que la question du statut légal et du marché est posée, reste à savoir à quoi ressemble exactement l’expérience de dégustation, et comment s’y prendre pour ne pas se retrouver tétanisé devant un morceau de fromage qui bouge.

Déguster le Casu Marzu sans paniquer : textures, goûts et rituels de table

Face à un plateau de Casu Marzu, beaucoup oscillent entre curiosité et appréhension. La vue des larves qui se déplacent dans la pâte peut déstabiliser, même un amateur de fromages très faits. Pourtant, pour ceux qui ont franchi le pas, l’expérience gustative ne ressemble à rien d’autre. La texture est l’une des premières surprises : au centre, le fromage devient presque coulant, avec une consistance proche d’une crème épaisse. Les bords restent un peu plus fermes, ce qui permet de jouer sur les contrastes.

Côté goût, on est dans le registre des intensités fortes. Le Casu Marzu développe des arômes de brebis très marqués, avec une pointe de piquant qui réchauffe le palais. Certains y trouvent des notes de noix, de foin sec, voire de sous-bois. D’autres parlent juste d’un « coup de poing » en bouche. Si vous aimez déjà les fromages corses très affinés, les bleus puissants ou certaines tommes de montagne bien avancées, vous aurez plus de facilité à apprécier ce profil aromatique.

Dans la tradition insulaire, ce fromage corse aux vers se déguste rarement seul. Il est presque toujours posé sur du pain de campagne ou sur du pane carasau, cette fine galette sarde croustillante. On peut y ajouter quelques fruits secs ou des noix, qui adoucissent l’ensemble et apportent une texture croquante. Un vin rouge corsé, type Patrimonio en Corse ou Cannonau en Sardaigne, accompagne souvent la scène, avec suffisamment de structure pour tenir face au fromage.

A lire également :  À Veules-les-Roses, nos tables face à la mer

Reste la question qui fait débat autour de la table : que faire des larves au moment de manger ? Certains puristes affirment que le Casu Marzu doit se savourer avec ses habitants, au nom de l’authenticité. D’autres, y compris parmi les locaux, préfèrent retirer une partie des asticots à l’aide d’un couteau, d’une fourchette ou d’un simple morceau de pain posé sur la surface pour les piéger. Une astuce fréquente consiste à couvrir le fromage quelques instants pour calmer les « sauts » des larves, capables de bondir de quelques centimètres quand elles se sentent agressées.

Pour ceux qui envisagent de goûter ce fromage fermenté pour la première fois, quelques repères peuvent aider :

  • Commencer par une petite quantité, histoire de s’habituer à la puissance aromatique.
  • Déguster en milieu de repas, après avoir déjà mangé un peu, mais pas en fin, pour éviter la lourdeur.
  • Privilégier un cadre calme, avec des personnes qui savent ce qu’elles mangent, plutôt qu’une démonstration spectaculaire.
  • Écouter son corps : si l’odeur ou la vue des larves provoque un vrai malaise, inutile de forcer.

Les récits de dégustation tournent souvent à l’anecdote savoureuse. Il n’est pas rare qu’au sein d’un même groupe, certains adorent et d’autres reposent leur morceau après une bouchée. Le Casu Marzu ne cherche pas à plaire à tout le monde, et c’est d’ailleurs ce qui lui donne ce statut un peu à part, entre rite initiatique et moment de partage. Pour quelques gourmands, il devient même un repère : un souvenir de Corse ou de Sardaigne aussi marquant qu’un lever de soleil sur les falaises de Bonifacio.

Derrière ces rituels se profile un enjeu plus large : comment continuer à faire vivre cette tradition corse et sarde sans l’édulcorer, tout en respectant les attentes modernes en matière de sécurité alimentaire et de transparence vis-à-vis des consommateurs.

Un fromage entre mythe et avenir : ce que raconte vraiment le Casu Marzu

Le Casu Marzu cristallise plusieurs débats qui dépassent largement le cas du fromage aux vers. À travers lui, on retrouve la question du rapport au vivant dans l’assiette, la tension entre normes européennes et pratiques locales, et cette envie persistante de nombreux voyageurs de sortir des sentiers battus en matière de gastronomie. C’est un produit qui force à se positionner : certains y voient un patrimoine à choyer, d’autres un anachronisme sanitaire, d’autres encore une curiosité à tester une fois et à raconter ensuite.

Pour les îliens qui y tiennent, ce fromage corse fermenté est une sorte de marqueur identitaire. Un peu comme certaines recettes de grand-mère que l’on ne note jamais, mais que l’on transmet en gestes, en odeurs et en temps de pause. Il raconte un monde où l’on vivait beaucoup plus près des brebis, des saisons, des limites de conservation du lait. Dans ce monde-là, accepter de manger un fromage « qui a dépassé les bornes » était aussi une façon de dire qu’on connaissait les produits sur le bout des doigts.

Côté institutions, l’heure est plutôt à l’encadrement. En Sardaigne comme en Corse, des discussions existent autour d’un éventuel statut spécial pour ce type de fromage, qui permettrait d’en fixer les règles de fabrication et de vente, tout en assumant son caractère atypique. Rien ne dit encore si ces efforts mèneront un jour à une reconnaissance officielle comparable à une appellation d’origine, mais les débats progressent.

Pour le voyageur curieux, la meilleure posture reste probablement la suivante : considérer le Casu Marzu comme une porte d’entrée vers la culture pastorale corse et sarde, plutôt que comme un simple défi à relever. Discuter avec les habitants, écouter leurs histoires de bergers, comprendre pourquoi ce fromage provoque autant de réactions contradictoires, permet souvent de relativiser l’excentricité des larves. Après tout, chaque région a ses propres limites en matière de goût et de textures.

À l’heure où les cartes de restaurants se ressemblent parfois d’un bout à l’autre de l’Europe, l’existence de produits comme le Casu Marzu rappelle que la diversité culinaire se niche aussi dans des pratiques à la marge. Tous ne survivront pas aux exigences modernes de contrôle sanitaire, mais ceux qui parviennent à trouver un compromis entre sécurité alimentaire et respect des gestes anciens ont sans doute une carte à jouer. Le Casu Marzu, avec son image sulfureuse et son ancrage profond dans la tradition corse et sarde, fait clairement partie de ces cas frontières.

Au final, mythe ou réalité ? Les deux, en quelque sorte. Le mythe nourrit l’envie de découverte, la réalité rappelle que ce fromage fermenté existe bel et bien, avec ses contraintes bien concrètes. À chacun ensuite de décider s’il préfère en rester au récit ou pousser la porte d’une bergerie pour se faire sa propre idée, une bouchée à la fois.

Le Casu Marzu est-il vraiment un fromage corse aux vers vivants ?

Oui, le Casu Marzu, aussi appelé casgiu merzu en Corse, est un fromage de brebis dont la fermentation est poussée par la présence de larves de mouches, parfois surnommées puces de fromage. Ces asticots restent vivants au moment de la dégustation, ce qui fait partie de sa spécificité, même si certains consommateurs choisissent de les retirer avant de manger.

Ce fromage aux vers est-il légal en France et dans l’Union européenne ?

La réglementation européenne interdit la commercialisation de fromages contenant des parasites vivants et ne répondant pas à certains critères d’hygiène. En pratique, le Casu Marzu ne peut donc pas être vendu officiellement en France métropolitaine ou dans la plupart des circuits classiques. En Corse et en Sardaigne, il continue toutefois d’être produit et consommé localement, de manière discrète, dans un cadre plus traditionnel que commercial.

Quels sont les principaux risques sanitaires liés au Casu Marzu ?

Les risques concernent surtout la présence de larves vivantes et l’utilisation de lait cru. La consommation peut, dans certains cas, entraîner des troubles digestifs, voire des infections intestinales chez les personnes sensibles. Les autorités sanitaires recommandent aux femmes enceintes, aux jeunes enfants, aux personnes âgées ou immunodéprimées d’éviter ce type de fromage fermenté. Pour les autres, il reste conseillé de le goûter avec modération et auprès d’un producteur reconnu.

Comment déguster le Casu Marzu sans être trop surpris ?

La plupart des amateurs le savourent sur du pain de campagne ou du pane carasau, avec parfois des fruits secs ou des noix et un verre de vin rouge corsé comme un Patrimonio. Pour limiter l’appréhension, il est possible de commencer par une petite quantité, de couvrir le fromage avant de le couper pour calmer les larves, puis de décider si l’on préfère les garder ou les enlever. L’important reste de goûter dans un cadre serein, en sachant à quoi s’attendre.

Combien coûte ce fromage fermenté et où peut-on en trouver ?

Le Casu Marzu est un produit rare, vendu surtout en circuits courts et de manière informelle. Selon les années et les producteurs, son prix se situe souvent entre 50 et 100 euros le kilo. On le trouve surtout auprès d’éleveurs et de fromagers artisanaux en Corse et en Sardaigne. Les offres en ligne existent, mais la prudence est essentielle pour s’assurer de la provenance, des conditions d’envoi et du respect minimal de la sécurité alimentaire.

Laisser un commentaire

Précédent

Spécialités vendéennes : du gâteau au fion, que goûter en Vendée

Suivant

Restaurants à Nogent-le-Rotrou : tables gastronomiques et de charme